Misogynie médicale

Le sexisme ralentit une multitude de processus que se soit l’obtention du droit de vote des femmes ou la communication entre homme et femme dans un couple. Cependant, ce concept ralentit aussi le diagnostic de milliers de femmes autour du monde. Mais comment est-ce que cela arrive, et comment est-ce que notre société en est arrivée là?

Est-ce réellement présent?

Le sexisme et le racisme sont arrivés avant la médecine, ce qui explique pourquoi la grande majorité des spécialistes étaient des hommes blancs. Ainsi, le patriarcat tient les rênes aux hôpitaux. De nombreuses études sur certaines médications et protocoles ont uniquement été testés sur des patients mâles. Les chercheurs ont donc supposé que le corps féminin réagit de la même manière, ce qui est non seulement erroné, mais dangereux.

Selon Adeline Merceron et Etienne Mercier (les dirigeants du département Public Affaires Santé), 51% des femmes interrogées ont senti que leurs symptômes étaient minimisés. De plus, 42% des femmes affirment que leurs symptômes ont été attribués à des raisons psychologiques ou hormonales au moins une fois sans investigation approfondie.

Cela dit, le biais reste très souvent inconscient et historique. Beaucoup de médecins qui appliquent ce biais le font sans intention malveillante. Plusieurs n’ont simplement jamais remarqué la différence entre la manière dont ils traitent les symptômes venant des hommes ou des femmes.

Lorsqu’on pense à la santé des femmes, on pense presque toujours à la grossesse. Ce point de vue vient de la vision misogyne qui réduit les femmes à des incubateurs. Pendant longtemps, il était tabou d’étudier l’anatomie féminine, car, après tout, on suppose que la physiologie est la même, juste plus petite.

Par exemple, on étudie 5 fois plus les dysfonctions érectiles que les symptômes prémenstruels, alors que les dysfonctions érectiles vont toucher 19% des hommes, alors que les symptômes prémenstruels touchent 90% des femmes.

Le pire : sur ce 90%, 40% ne trouveront jamais de moyens pour apaiser leur douleur, car il manque de l’étude.

Sexisme médical hors de l’urgence

Malheureusement, ce n’est pas qu’à l’hôpital que la douleur d’une femme est minimisée. 38% des femmes ont ressenti au moins une fois la banalisation de problèmes de santé, sous prétexte que ce sont des douleurs “normales” pour les femmes.

“Mais pourquoi est-ce une mauvaise chose? Les femmes pleurent trop, il faut juste être tolérant!”

C’est fâcheusement un argument que certains utilisent pour banaliser le sexisme médical. À cela, je réponds que certaines maladies fatales comme certains cancers, les cardiopathies ischémiques ou encore l’endométriose se montrent uniquement aux stades avancés/avec des petits symptômes invisibles.

Les douleurs internes des femmes sont aussi essentielles au diagnostic que les douleurs internes des hommes. Donc, il n’y a aucune raison de justifier une approche moins sérieuse des douleurs des femmes.

En parlant de l’endométriose…

Pour contextualiser, l’endométriose est une maladie gynécologique liée à la présence de tissus semblables à la muqueuse utérine en dehors de l’utérus. Elle amène des douleurs abdominales et reste parfois reliée à l’infertilité. Environ 10% des personnes avec un utérus sont atteintes d’endométriose, mais très peu ont leur diagnostic.

La cause : le sexisme médical

En effet, les seuls symptômes sont les douleurs au ventre et l’infertilité. Donc, beaucoup de médecins jettent la faute au cycle menstruel. Avec les nouvelles avancées médicales, certains suggèrent que l’endométriose peut avoir des liens avec le cancer, puisque le risque de développer un cancer pour une personne avec endométriose double. Néanmoins, nous avons trop peu d’informations sur l’origine et les causes de cette maladie à cause du manque de recherche. Vous pouvez remercier les tabous sur l’utérus pour ça!

L’endométriose expose une autre facette du sexisme médical. Un homme de 40 ans a décrit des douleurs abdominales aiguës. Depuis trois jours seulement, il avait une sensation de ballonnement, ainsi que d’autres symptômes communs de l’endométriose. Après radiographie et chirurgie, les docteurs ont trouvé une masse près de sa vessie. Cette masse était nulle autre que des tissus récepteurs d’œstrogène!

Puisque l’endométriose se développe dans ce type de tissus souvent attribué à l’organe reproducteur féminin, l’homme a pu développer cette maladie sans utérus.

C’est une grande avancée pour la médecine, mais qu’est-ce que cela dit sur le diagnostic de l’endométriose féminin? Il faut en moyenne 7 à 10 ans pour être diagnostiqué avec cette maladie, mais lorsqu’un homme évoque les mêmes symptômes, soudainement on localise la source du problème.

En somme, il y a un énorme manque de renseignements sur l’anatomie féminine. Il faut abolir ce sexisme médical, simplement car cela sauve réellement des vies. Et vous, pensez-vous que vous auriez ce biais si vous étiez docteur?

 

Ash Bagherian, élève de 4e secondaire, école d’éducation internationale de Laval

 

Sources :

https://www.youtube.com/watch?v=VX7FiJjFSvk

https://www.cma.ca/fr/dernieres-mises-jour/lecart-entre-genres-medecine-realite-qui-touche-fois-femmes-medecins-patientes

https://www.journaldemontreal.com/2025/05/17/plus-de-200-medecins-denoncent-une-groupe-de-discussion-misogyne-et-racistes

https://www.ipsos.com/fr-fr/sante-des-femmes-comment-les-biais-sexistes-impactent-les-diagnostics-et-les-soins#:~:text=Dans%20le%20d%C3%A9tail%2C%20on%20note,la%20contraception%20ou%20la%20grossesse.

https://www.ottawaheart.ca/fr/maladie-du-c%C5%93ur/arret-cardiaque-soudain#:~:text=L’arr%C3%AAt%20cardiaque%20soudain%20se,et%20des%20traitements%20plus%20approfondis.

https://www.inserm.fr/dossier/endometriose/#l-endometriose-en-chiffres

https://pixabay.com/photos/doctor-patient-gynecologist-women-9628974/

La Gazette de l’ÉÉIL